Mr G., le temps et l’envie

Pour cette semaine de rentrée, je voulais te raconter une petite histoire qui m’a fait prendre une bonne résolution de septembre. C’est parti !

J’essaye de passer voir mes voisins de paliers régulièrement. Monsieur et Madame G. ont 89 et 92 ans. Il habitent dans l’immeuble depuis qu’il a été construit. Ils y ont élevé leurs enfants. Ils y ont vu grandir leurs petits enfants et ils ont encore quelques jouets qu’ils prêtent à mon fils quand y allons. A chaque fois, Mme G. ferme la porte à clef pour que le petit qu’ils laissent vadrouiller dans leur appartement ne s’échappe pas. Pendant ce temps là, M. G. fait le café avant que nous ne nous installions tous autour de la table où nous finissons toujours par discuter de l’immeuble, du monde, de Berlin, de France, de nos vies.

Au début de l’été M. G. nous a montré les tomates qu’ils avaient fait pousser sur son balcon. Il m’a dit que je devrais en faire pousser, que les enfants adoraient ça. Je lui ai raconté comment le patron de mon mec avait offert des plants de tomates à toute son équipe et comment ceux que nous avions récupéré attendaient désespérément que nous les plantions. Nous n’avions pas encore eu le temps. Là il me répond:

– Vous n’avez pas envie, je comprends.

M. G. a encore l’ouïe fine, j’étais à peu près sûre qu’il m’avait bien entendue alors je ne me suis pas démontée et j’ai bien expliqué que ce n’était pas l’envie qui manquait mais bien le temps. Il fallait trouver le terreau dans la cave ou aller en acheter et puis ça allait en mettre partout. Nous avions un enfant en bas âge, des métiers prenants, un appart qu’on avait toujours pas fini de rénover et une vie sociale qu’on galérait à conserver. Nous n’avions simplement pas le temps. Je pensais avoir réussi à me justifier mais c’était évidemment sans compter sur la carte joker que les personnes âgées peuvent toujours sortir quand ils ont un argument à avancer :

– Vous savez, si il y a bien quelque chose que j’ai appris dans la vie ….

Tu te dis il a deux à trois fois plus de bouteille que toi, tu peux rien dire, laisse le au moins finir avant de le contredire. Alors M. G. m’a expliqué que dans la vie, ce n’était jamais vraiment une question de temps mais toujours une question d’envie. Il m’a dit qu’il entendait bien qu’on avait des vies très remplies. Que lui aussi il avait eu des enfants, un métier, des hobbies mais que quand on avait vraiment envie de quelque chose, on trouvait le temps, tout le temps. J’allais répondre par principe, trouver un exemple de journée type où planter mes tomates m’aurait empêchée de rendre un boulot ou d’être à l’heure pour récupérer Milo mais il a fini par me clouer le bec en finissant par:

– Regardez, vous n’avez pas le temps de planter vos tomates mais vous avez bien trouvé le temps de passer boire un café, non ?

Et j’ai dû m’incliner… Il n’avait peut-être pas tord.

Le soir même après avoir couché Milo, je racontais la discussion qu’on avait eue à son père et nous plantions les tomates sur le balcon. Et depuis j’essaie de faire attention quand je dis que “je n’ai pas le temps”. Plus j’y pense moins je trouve ça honnête. Bien sûr il n’y a pas que l’envie: il y a le courage, l’énergie, l’humeur et tout un tas d’autres facteurs qui entrent en jeu mais je suis maintenant convaincue qu’au final c’est rarement une question de temps….

Et toi tu es d’accord avec M. G. ou pas?

À lire aussi

Cliquez, Partagez

7 réflexions sur « Mr G., le temps et l’envie »

  1. Je suis d’accord avec M. G et je me sens beaucoup plus honnête envers moi et les autres quand j’assume que je n’ai pas envie, ou que ce n’est pas une priorité. Ça fait écho à une période où je ne « trouvais plus le temps de lire » et j’étais tombé sur cette citation : « Le temps de lire, comme le temps d’aimer, est du temps volé ». Et je l’ai volé ce temps ! Tu as une superbe façon de raconter les histoires, j’ai adoré de te lire !

  2. Ah mais totalement ! Moi c’est une formation en « Zeitmanagement » dans mon travail qui m’a appris ça. C’était la première phrase de la formatrice ! Elle nous a dit qu’on ne devait jamais dire « Je n’ai pas eu le temps » mais « Ce n’était pas ma priorité ». Et depuis je m’y astreint et ça change tout en terme de responsabilisation aussi…

    1. J’ai jamais osé demandé une formation en Zeitmanagement à mon employeur alors que j’en aurais eu bien besoin, mais bon Mr. G m’a appris la base apparement alors tout va bien ! (du coup par contre si tu as le secret pour t’y astreindre ? ça m’interesse !)

  3. Après réflexion… Une réponse appropriée aurait pu être : « Certes, je prends plus de plaisir à partager un café avec vous, M. et Mme G., qu’à planter des plants de tomates ». 😉
    (Et hop, in the pocket die Nachbarn – Même si c’était déjà fait.)

    Je dirais que c’est une question de balance, d’équilibre, entre l’envie et l’obligation de se plier aux contraintes de la vie pour ne pas se retrouver : débordée, dépassée…
    Le café avec M. et Mme G., c’était sympa, mais avoue : ça t’a mis grave hors-délai ?!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *