Les ados, entre smartphones, flammes et bolos.

J’ai eu l’opportunité de passer une semaine en immersion avec deux collégiennes, presque lycéennes lors de l’automne 2016. L’observation et le contact de ces deux spécimens sortis de leur espace naturel fut passionnant et il faut que je raconte mes découvertes sur les rites de cette espèce.

Vous n’êtes certainement pas sans savoir que l’adolescent, comme son cousin l’adulte, se déplace en permanence accroché à son smartphone. L’éloignement de l’objet (pour cause d’oubli ou de confiscation par le cousin adulte) peut le mettre en situation de détresse qu’il sera tout à fait à même de justifier. En effet, encore plus que l’adulte, l’adolescent utilise l’objet pour satisfaire son instinct de connexion avec son groupe de semblables. (Il faut admettre que l’adulte est bien moins souvent forcé de quitter son groupe pour passer du temps avec les adolescents que l’inverse).

Les fonctions de communication de l’adolescent via smartphone sont bien plus aiguisées que celles de son aîné. Il ne se contente pas de s’en servir pour passer des appels, envoyer des messages “privés” ou faire passer un message plus ou moins personnel à un groupe plus ou moins hétérogène d’amis dans l’attente d’un commentaire ou d’un pouce en l’air. L’adolescent a une application de prédilection (Snapchat pour les connaisseurs) lui permettant d’émettre des signaux sous forme d’auto portrait images ou vidéos qui s’autodétruisent à réception. Nous noterons une compréhension très fine de la notion de confidentialité et un contrôle expert sur la visibilité de chaque type de message émis selon son niveau de confidentialité et son type de récepteur (tout le monde, les connaissances, les amis, les parents …)

J’ai pendant mon expérience d’immersion aussi rencontré un rituel peu connu de l’adulte et permettant de représenter la force d’une appréciation réciproque entre deux adolescents : j’ai nommé les FLAMMES. J’étais bien sûr totalement ignorante de ce rituel, ce qui a donné lieu à la scène suivante :

L’adolescente : “Mais Tata, si tu me rends pas mon portable, là avec C. on va perdre nos flammes !”

Moi : “?”

Il s’avère que lorsque deux individus s’envoient des messages sous forme de vidéos (attention, le message photo ne suffit ici pas) plusieurs jours d’affilée, leur relation se voit décorée de flammes pour chaque journée de communication ininterrompue. Véritable légion d’honneur de l’amitié, le décompte des flammes de Snapchat au même titre que le ratio suivis/suiveurs permet à l’adolescent d’avoir une preuve tangible de son statut au sein du territoire sur lequel il évolue en semaine : la jungle du collège.

De tout temps, les jungles des collèges ont été un habitat privilégié pour mettre en place des techniques de classification selon la popularité des individus. A l’époque où j’étais à la jungle il y avait les populaires au sommet de la chaîne de classification et les victimes, bouffons et autres sans amis à l’autre bout. Aujourd’hui les castes inférieures sont les bolos et autres nullos. Il y a aussi bien entendu, comme depuis la nuit des temps, les normaux entre les populaires et les bolos, une sorte de classe moyenne de la popularité en cour de récré. Rien ne semble avoir changé si ce n’est que ces statuts qui étaient à une époque vaguement évalués en terme d’invitation aux boums sont maintenant mesurés très précisément par les scores gagnés sur les réseaux sociaux.

Bref mes deux “normales” sont retournées évoluer en milieu naturel et, en les regardant partir, je me suis dit que vraiment j’étais trop contente d’avoir eu mon brevet à l’âge pré-Snapchat.

Et toi, tu retournerais bien au collège, là, collectionner des flammes et tester si tu es populaire ou bolos ?

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