Ces hashtags pour bien culpabiliser les autres mamans

On a déjà parlé d’éducation bienveillante. Perso je trouve le concept souvent plein de bon sens mais l’expression utilisée pour le nommer carrément malvenue. Est-il vraiment possible de lire #éducationbienveillante sans se demander si on est un monstre malveillant qui va traumatiser ses enfants parce que de temps en temps on crie ?

C’est loin d’être la seule dans ce cas : à l’heure d’instagram et autres réseaux sociaux, une expression transformée en hashtag peut suffire à dévaloriser. Je voulais vous donner d’autres exemples d’expressions qui à mon avis peuvent s’avérer être bien jugeantes/culpabilisantes/bref : énervantes.

 

  1. #accouchementnaturel

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Déjà pour mon premier bébé je voulais accoucher à la maison. Mais en Russie les AAD ne sont pas autorisés et donc aucune sage femme ne voulait m'accompagner. Je suis donc allée à la maternité. Et tout c'est plutôt bien passé) Mis à part une injection d'ocytocine de synthèse et une rupture de la poche des eaux forcée, car selon l'équipe médicale, le travail n'avançait pas 😒 (c'est en réalité une procédure très courante et pas forcément à l'avantage de la mère et du bébé… Mais plutôt du planning et des horaires…) Ensuite tout est allé vitesse grand V. Le temps d'un trajet Paris-Nantes assez rock'n'roll et j'accouchais d'un beau bébé de 3,5kg et 50 cm au prénom d'Alyssia. Sans episio, sans péridurale 💪☺. Mon mari a mes côtés, mon bébé au sein, tout va bien) Mais… Oui il y a un mais! Les sages femmes m'ont soulé avec leur "POUSSEZ, POUSSEZ PLUS FORT!" en russe bien sûr, et mon mari qui me traduisait avec un filtre d'amour "YES! YOU'RE GOOD, YOU CAN DO IT!" Elles m'ont quand même un peu agacé) De plus je venais de lire un article qui expliquait qu'on avait une poussée réflexe et remettait donc vraiment en cause l'efficacité de la poussée dirigée avec rétention du souffle !! Ça me semble aberrant pas vous? Bref, un simple grain de sable dans cet océan d'amour dans lequel j'étais plongé 💙🌊💙 Mais alors que j'etais encore entre deux mondes, on vient me trifouiller le vagin/l'utérus pour y arracher le placenta. Alors que celui ci est censé se détacher seul… Encore un peu d'agacement je l'avoue. Bref, tout ça pour dire que je sens que l'expérience de la naissance peut être encore plus satisfaisante (et pourquoi pas orgasmique) dans l'intimité d'un foyer. 👼Bon, pour ça il faut avoir une maison… Et en ce moment je suis plutôt SDF… Pas à la rue bien-sûr, je suis chez ma maman, en attendant de trouver une location, mais tout de même, il ne faudrait pas tarder) Mais j'ai bien la maman d'une amie qui a accouché sous un arbre, je m'y vois bien ) 🌳 #naissance #aad #accouchement #accouchementnaturel #birth #homebirth #naissanceplaisir #enfantementplaisir

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Dans le fond cette nouvelle tendance ne me dérange pas du tout, bien au contraire. Ce que je n’aime pas c’est l’expression “accouchement naturel”. Déjà, rares sont les accouchements réellement naturels (genre celles qui vont accoucher dans la forêt ou celles qui accouchent par surprise dans le RER A?), : tu peux dire ce que tu veux mais dans la nature tu n’as pas eu de cours de sophro-hapto-yoga pour te préparer aux contractions et dans la nature tu n’es pas entourée de personnel médical qualifié avec tout le matos à disposition en cas d’urgence. Alors on peut parler d’accouchement à domicile, d’accouchement en maison de naissance, d’accouchement en position physiologique ou d’accouchement sans péridurale : pas besoin de parler d’accouchement naturel et de sous-entendre que les autres accouchements sont factices.

2. #allaitementnonécourté

Les nanas qui allaitent au sein des petits de 1, 2, 3 ans et parfois plus se mangent en permanence des réflexions mettant en cause leur sanité d’esprit. En partant du principe qu’à un moment ou un autre tous les enfants seront prêts à se sevrer, que des études ont conclu que le lait maternel est la boisson la mieux adaptée aux enfants tant qu’ils ont des dents de lait, ça ne devrait pas choquer. Mais, comme tous les choix en matière d’allaitement tu me diras,  les gens se permettent de juger. Alors je veux bien qu’il faille se défendre mais pourquoi un tel hashtag? Pour bien laisser entendre que celles qui sèvrent leurs enfants pour retourner bosser/ pour raison médicale ou tout simplement par choix ne vont pas au bout de ce processus naturel? Perso je préfère #jallaiteencoreetalors

3. #motricitélibre

Celui-là se base sur une théorie de la pédiatre Emmi Pikler qui énonce qu’un bébé gagne à être un maximum libre de ses mouvements : un bébé n’étant pas contraint dans une position dans laquelle il n’a pas pu se mettre par lui-même (assis alors qu’il ne sait pas encore s’asseoir tout seul, debout dans un trotteur alors qu’il ne se met pas debout lui même etc. etc) gagnerait en confiance en lui et aurait d’opportunités pour pratiquer les prochaines étapes de la motricité. Quand j’y pense, difficile en effet de pratiquer comment s’asseoir ou se lever en partant d’une position déjà assise ou debout  … Pas totalement surnaturel donc comme théorie mais dit comme ça ça donne l’impression qu’un bébé dans un transat ou attaché dans un siège auto purge une peine à Fleury-Mérogis qui lui laissera des séquelles à vie. Puis utiliser un mot de 4 syllabes donne l’impression qu’en pratique c’est hyper compliqué alors qu’en vrai il s’agit juste de poser le bébé par terre/dans un parc/sur un tapis de jeu et que c’est tellement pas compliqué que je crois que c’est un truc que font régulièrement tous les parents, non ? Mais c’est sur que #bébéparterre ça tape moins la classe.

4. #diversificationmenéeparlenfant ou #DME pour les intimes

Il s’agit de ne pas passer par l’étape “purées” et de proposer directement à l’enfant de manger tout seul des morceaux. Sur le papier ça a plein d’avantages : l’enfant découvre des textures et des saveurs, est encouragé à être autonome, peut manger la même chose que ces parents, choisir les quantités qu’il mange, etc. etc. Bref ça se défend (même si, comme tout dans la vie hein , ça a aussi plein d’inconvénients -#saleté #temps #gaspi- mais c’est un autre sujet …) . Je pense peut-être trop loin mais avec un tel nom, je trouve juste que ça fait passer ceux qui passent par l’étape purée pour des gens qui gavent leur bébé à la purée carotte-courgette contre sa volonté. Alors que soyons clairs #DME ou pas, c’est toujours le parent qui mène la diversification en commençant généralement par des aliments relativement mous et sains. Le bébé, il est pas fou, il est humain, il mènerait le truc lui même il taperait direct dans le pot de glace au chocolat.

 

Il y en a certainement des tas d’autres mais je vais m’arrêter là pour aujourd’hui … N’est-il cela dit pas intéressant de noter que tous ces concepts concernent la (toute) petite enfance ? Comme si passé cette période, les parents (gagnant confiance en eux ?) trouvaient mieux à faire que justifier leurs choix en dénigrant ceux des autres à coups de hashtags?

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27 réflexions sur « Ces hashtags pour bien culpabiliser les autres mamans »

  1. Je suis bien d’accord! Ces idées, qu’on soit d’accord ou pas, ont un bon fond dans la plupart des cas, mais je trouve que cette stimatisation faite par les hashtags – et la nomination sous forme de « théories » ou de « concepts » en général, même hors des réseaux sociaux – est un peu dangereuse, car elle culpabilise beaucoup et instaure ces termes comme des dogmes à suivre absolument si l’on veut être un bon parent, alors que toutes les méthodes sont bonnes, et qu’on a le droit de faire comme on le souhaite. C’est aussi un peu ce que je reproche à bien des termes liés au portage, à la bienveillance, ou au fameux « stopveo » dont j’ai fait les frais, qui finit par virer dénigrement parental. A trop vouloir créer de cases « parfaites », on se met des oeillères et on crée une pression insidieuse pour les parents…

    1. Dans la vraie vie après il est plus facile de choisir qui nous présente ses idées et de changer de sujet de conversation … En se catégorisant maman pour l’algorithme des réseaux, on devient hélas oui une cible facile 😀

  2. Perso, Je ne trouve pas spécialement ces hashtgs dénigrants ou culpabilisants. Particulièrement pour la motricité libre, ça se nomme ainsi, pourquoi chercher un autre terme ?
    Et pourtant j’ai eu un accouchement médicalisé, et on fonctionne aux purées et compotes. Mais je ne me sens pas du tout attaquée par ces mamans aux expériences différentes, qui sont fières d’en parler.
    Je trouve que sur internet, plutôt que de partager des concepts éducatifs, des façons de faire, des différences qui sont très enrichissantes, les gens (les mamans, disons-le) passent leur temps à dénoncer ce que les autres font à coup de « t’es pas bienveillante » ou « tu fais tout pour me culpabiliser! ». Or, c’est dommage car il y a milles façons de faire et nous ne sommes pas en compétition : parfois, un mot va nous faire sortir de nos gonds uniquement à cause de cette pression que l’on se met soi-même, et pas du tout à cause de cette maman qui partage une photo de son bébé sur un tapis au sol, et qui n’a pas vocation à brûler tous les transats de la terre.
    Au final, ça dépend beaucoup de l’intention derrière le hashtag. Ayons confiance en nous, et les choix des autres ne nous apparaîtront pas du tout culpabilisants.

    1. Ca doit être une déformation pro (je suis traductrice) : la motricité libre est un concept d’une pédiatre hongroise. Je ne parle pas hongrois mais je peux te dire que le concept a été traduit pas « développement moteur autonome » en allemand…. du coup je doute de l’exactitude de la trad française. Et quand j’entend motricité libre, j’entends un mot « pas courant » apposé à un adjectif qui s’oppose à enfermé/contraint … du coup tu as certainement raison je cherche la petite bête au niveau des mots mais je crois très fort en leur pouvoir 🙂

  3. J’avoue que souvent je me suis jugée par les mamans qui font tout parfaitement. Dans la vie de tous les jours, je me suis déjà pris des remarques au supermarché car j’ose donner des petits pots industriels. Ouai, mais au moins dans le petit pot industriels, il y’a des normes strictes sur les pesticides à respecter. On en parle de ton repas fait maison avec tes légumes du supermarché traités au rundup ?

    1. Du coup ça entretient le cercle vicieux de la culpabilisation parce que si tu tombes sur une maman qui gère le fait-maison bio tu es mal non ? Moi j’ai déjà sorti à une maman qui me faisait une remarque sur le fait de ne pas allaiter alors que j’achetais du lait en poudre que je préférais ça plutôt que de l’élever en lui montrant qu’il était correct de se permettre de donner son avis sur la vie des gens qu’on ne connaissait pas; le tout sur un ton pas très aimable alors qu’elle, elle avait réussi à l’être… ça avait été assez contreproductif 😀

  4. Je ne pense pas que ces hashtags aient pour but de culpabiliser les mères qui ne prônent pas telle ou telle chose. Personnellement, je m’en sers uniquement pour retrouver des idées sur tel ou tel thème. Et puis concernant les choix parentaux (DME, motricité libre etc) je pense que tant que le parent est à l’aise avec son choix alors tout va bien 😉

    1. Effectivement tu as raison je ne pense pas qu’ils aient pour but que culpabiliser mais c’est hélas souvent l’effet qu’ils ont. En matière de choix parentaux, je suis bien d’accord avec toi : tant qu’on est à l’aise avec ses choix tout va bien. Encore faut-il vraiment être en mesure de faire un choix : on peut mettre toutes les cartes de son côté pour avoir un accouchement le moins médicalisé possible et allaiter longtemps mais parfois ça ne marche pas, on peut devoir mettre son enfant dans un mode de garde qui ne garantira pas DME et motricité libre, pour la DME, on peut ne pas avoir les moyens de proposer de la nourrtiure qui finira par terre, on peut tout simplement faire confiance à ce qu’on entend et ne pas avoir toutes les infos au moment de faire un choix etc. etc.

    1. Ah oui c’est sûr tout serait plus simple 🙂 Dans tous les cas que j’ai présenté, je trouve cependant que les mots utilisés ne sont pas neutres. j’esayais d’expliquer ça par exemple avec l’expression « accouchement naturel » qui en plus de ne pas du tout refléter la réalité laisse pense que les autres accouchements sont factices/techniques/artificiels alors qu’il y aurait 10000 autres façons de s’exprimer à ce sujet qui seraient à mon goût moins clivantes.

  5. En général quand on on culpabilise c’est qu’on est pas totalement tranquille par rapport aux choix qu’on fait non? Parce que moi mes choix je les assume, je les ai fait en confiance, pour me faire culpabiliser il faudra se lever de bonne heure!

  6. Tu me rassures tellement avec cet article ! Même si je n’ai pas d’enfants, j’entends des parents me parlaient de bienveillance et d’éducation positive au point de ne plus supporter ces mots ! Le pire, c’est vraiment ce sous-entendu que s’il tu ne le fais, tu es un mauvais parent (genre, tes parents t’ont donné une claque quand tu étais petite ? Les monstres sans coeur ! ).
    En attendant, c’est malheureux à dire, mais les plus virulents que j’ai rencontré, ce sont ceux dont les enfants sont totalement inadaptés à la vie en société, justement parce que « nous, nous l’éduquons avec bienveillance donc nous lui interdisons rien, comme ça, il peut vivre pleins d’expériences et n’est pas frustré ». Ca fait peur…

    1. Rien de tel que les non-parents pour avoir du recul sur ces débats de parents 😀
      Pour la claque je t’avoue que c’est un des seuls trucs sur laquelle j’ai du mal à ne pas juger ce que font les autres. Sans penser que ma mère a été un monstre avec moi, je n’ai jamais trouvé les claques que j’ai reçues « constructives », de plus en plus de recherches vont dans ce sens et il commence à y avoir de la prévention…. je crois/espère sincèrement que d’ici une génération, ce sera vraiment dépassé (après je crois aussi aux règles, au cadre, à l’autorité parentale tout ça tout ça mais je ne pense pas que doive nécessairement aller de paire avec les claques)

      1. En soi, je n’ai pas encore de véritable opinion sur la claque (pas d’enfant donc je n’ai pas encore vraiment réfléchi sur ce point), néanmoins, la réaction virulante que j’ai pu avoir en retour sur ce sujet est rhédibitoire. J’avais à peine eu le temps de mentionner que oui, je me suis prise une ou deux claques quand j’étais petite et hop! aussitôt, la machine se met en route sur un ton condescendant et hautain. C’est en ce sens que je ne supporte plus d’entendre parler d’éducation bienveillante et positive. J’ai l’impression que quand on ose souffler l’idée d’être en désaccord (ou du moins de comprendre l’éducation un peu stricte), on se fait sauter dessus comme si on venait de suggèrer de battre les enfants avec un martinet. C’est cette virulence qui m’agace le plus en fait, avec le gros sous-entendu du « laissons vivre les enfants » qui devient un laxisme affolant chez certains.
        Aucun parent n’est parfait, mais il y a un milieu entre « frapper son enfant » et « ne lui donner aucune règle ». Merci de ta réponse !

        1. Ahahah, dès qu’on parle de parentalité de toutes façons, on se rend vite compte que l’argent, la politique ou la religion ne sont rien en matière de sujets tabous 😀

  7. « Pas totalement surnaturel donc comme théorie mais dit comme ça ça donne l’impression qu’un bébé dans un transat ou attaché dans un siège auto purge une peine à Fleury-Mérogis qui lui laissera des séquelles à vie. » Je suis morte de rire! Je te rejoins, évidemment. 😀

  8. Je suis bien d’accord avec toi, il y a beaucoup de mamans parfaites sur Instagram particulièrement, mais ce ne sont que des photos… La réalité doit être la même pour tout le monde, la jolie petite tenue à 80€ doit être dégueulasse en 2 minutes en faisant du toboggan, un bébé qui mange façon DME doit ruiner sa chaise haute et le sol autour, etc. Il ne faut pas prendre ces photos pour la réalité et se culpabiliser !

  9. Merci pour cet article que je partage totalement! Moi ce genre de comptes culpabilisants j’ai tendance à les laisser de côté. Bien sûr qu’il y a des choses à prendre et je les respecte, mais au final, on fait toutes ce qu’on peut/veut avec nos enfants!! Pas besoin d’en rajouter une couche!!

  10. Je hashtag Éducation bienveillante, loin de moi l’idée de penser que je suis mieux qu’une autre mam’s.
    En fait, je l’utilise plus pour ma poire parce qu’actuellement, je suis loin de la « bienveillance » je suis totalement « malveillante » MOUHAHA (ça va, je le vis bien quand même).
    Non plus sérieusement, il me « rappelle » que pour le bien-être de ma mini, je veux changer et adopter une attitude plus positive et aussi, je trouve le hashtag pratique pour trouver des idées ^^

    Je ne cherche pas à culpabiliser les autres mamounes c’est promis 😀

    Par contre… je découvre DME, je ne connaissais pas du tout 😮

    1. Ah mais je suis sure que la culpabilisation n’est pas l’effet recherché, par contre c’est hélas souvent l’effet obtenu 🙂 Beaucoup disent utiliser ces hashtags pour trouver des idees et j’avoue que ce n’est pas un aspect que j’avais envisagé, il faudrait que je teste (en recherchant #dme pour l’article j’ai effectivemnt trouvé quelques belles assiettes !)

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